4 min | 02 déc. 2020

La graisse est-elle vraiment notre alliée ?

C'est l'un des plus grands organes de notre corps, indispensable à sa survie. Pourtant depuis des décennies, nous tentons désespérément de nous en débarrasser. Pendant des milliers d'années, les individus avec des facilités à stocker le gras avaient l'avantage dans l'évolution, puis soudain on a décidé qu'il n'était plus le bienvenu. Mais notre corps lui n'a pas évolué dans ce sens. 

Sa mauvaise réputation en fait la substance nocive numéro 1, pourtant elle est vitale pour notre santé et libère de nombreuses hormones essentielles pour notre cerveau, nos os et nos organes reproducteurs. Focus sur les bienfaits du gras.

Aujourd'hui l'obésité est une épidémie mondiale. Pourquoi et comment la graisse est apparue chez l'homme au fil du temps ?

Diabète, cholestérol, maladie cardiaque tous ses troubles sont apparus en même temps que l'augmentation du taux d'obésité dans le monde. Des chercheurs ont découvert il y a peu que des gènes et des hormones agissent sur notre cerveau et influence notre taille et notre poids. Ces processus biologiques complexes vont bien au-delà de la simple volonté et nous arrivons seulement maintenant à y voir un peu plus clair dans ces mécanismes indispensables à notre survie.


À la recherche du bon gras ?

Nous avons besoin du gras pour emmagasiner toutes les calories en excédent qu'on pourra utiliser à l'avenir pour permettre à notre cœur de continuer à battre et à notre cerveau de continuer de fonctionner. Ces 20 dernières années, nous avons appris que les cellules graisseuses ne sont pas seulement des organes de stockage, mais des cellules intelligentes qui parlent à notre cerveau.

Pourquoi la graisse est apparu chez l'homme au cours de l'évolution ?

Pour trouver des réponses, une équipe de chercheurs s'est rendu en Tanzanie auprès d'une des dernières ethnies de chasseurs-cueilleurs du monde : les Hadza. Cette tribu a gardé sa culture traditionnelle, c'est pourquoi leur environnement et leur mode de vie constituent une fenêtre clé vers le passé.

La lignée humaine a près de 7 millions d'années et pendant les 2 derniers millions d'années, nous avons été chasseurs-cueilleurs, c'est l'une des innovations clés de l'espèce humaine.

Cette équipe de chercheurs a donc cherché à savoir ce que cette ethnie pourrait nous enseigner sur les maladies modernes. Il s'avère que les Hadza sont des modèles en matière de santé publique, ils ne souffrent pas de maladie cardiaque, de diabète, de surpoids ou d'obésité. Ils n'ont aucune des affections qui tuent le plus aux États-Unis et en Europe.

Chez les Hadza, le niveau d'activité physique est très élevé, bien plus que dans des sociétés occidentales sédentaires. Ils parcourent de longues distances dans leur déplacement et passent de longues journées à bouger. N'ayant ni troupeaux ni champs, les Hadza doivent chercher tous les jours de quoi se nourrir. Ils creusent le sol, ramassent et cueillent des fruits, grimpent aux arbres pour récupérer le miel dans les nids d'abeilles.. Mais l'aliment le plus calorique et le plus dur à se procurer restent la viande et la graisse animale.

La chasse et la cueillette consomment une énergie colossale. C'est pourquoi, quand l'Homme s'est mis à chasser, son corps a commencé à consommer plus de calories, les muscles sont devenus plus gros et le cerveau aussi. Le problème, c'est que ça nous a fait courir le risque de mourir de faim, car quand le moteur devient plus gourmand, on s'expose plus facilement à une pane de carburant. Alors notre corps s'est mis à accumuler du gras comme filet de sécurité.

Notre organisme transforme la nourriture en 2 sources énergétiques principales le glucose et le gras :

Le Glucose fournit un carburant pouvant être utilisé immédiatement ou être stocké dans les muscles et le foie sous forme de glycogène. Quand le glycogène est épuisé, l'organisme brûle du gras ce qui produit 4 fois plus de calories par kilo. Et alors que notre organisme ne peut pas stocker plus d'une journée de réserve de glycogène il dispose d'assez de gras pour survivre plusieurs semaines. Le gras fonctionne en quelque sorte comme une batterie.

Daniel LIEBERMAN, paléoanthropologue, à l'université de Harvard nous dit ici que le corps humain n'a pas évolué pour que nous soyons en bonne santé, c'est une idée complètement fausse. Car, tout ce qui compte dans le cadre de la sélection naturelle, c'est combien de nos enfants survivront et se reproduiront à leur tour. C'est pourquoi notre corps est merveilleusement adapté pour convertir l'excès d'énergie en gras, non pas pour que nous soyons en bonne santé, mais pour que notre capacité de reproduction augmente.

D'ailleurs pendant de nombreux siècles, la graisse a longtemps été vénérée et une des représentations les plus anciennes de  l'obésité est une statuette de chasseur cueilleur. Cette femme aux formes généreuses serait d'après les chercheurs, un symbole de fertilité.

L'évolution de la vision du gras.

Au fil des siècles, notre vision du corps et de la corpulence idéale à beaucoup varier à travers les époques. Aujourd'hui, nous avons stigmatisé l'obésité et diabolisé le gras mais la capacité de stocker du carburant et donc de pouvoir s'éloigner des sources de nourritures pendant de longues périodes nous a permis de développer des activités complexes et des civilisations sophistiquées. Autrement dit, le gras est une prouesse de l'évolution, car il nous permet de ne pas être forcés de continuellement manger. Sans cet organe la vie actuelle serait bien différente.   

Vues au microscope, les cellules graisseuses appelées adipocyte ressemblent à des sphères irrégulières, elles contiennent des gouttelettes de triglycérides, les graisses que notre corps brûle pour libérer de grandes quantités d'énergie.  Ses cellules graisseuses ont la faculté de se dilater bien au-delà de leur taille normale afin de garder en réserve le surplus d'énergie.

Que se passerait-il si nous n'avions pas de gras ?

En l'absence de tissu adipeux, le surplus d'énergie n'aurait nulle part ou aller ce qui entraînerait d'énormes complications. Au fil du temps, les calories en excès s'accumulent dans le sang et le foie qui devient gonflé et enflammé. 

En étudiant l'intégralité du génome de souris obèses, en 1994 un gène actif est isolé dans les cellules graisseuses. En injectant cette hormone dans une souris obèse, celle-ci se mettait à perdre du poids. L'hormone avait donc guéri la maladie génétique de la souris obèse. En quelques semaines et en fonction des doses administrées, la souris pouvait retrouver un poids normal. 

Cette hormone a été baptisée leptine, du grec leptos signifiant minces. Cette découverte a transformé la vision du gras et des mécanismes biologiques qui contrôle l'appétit. L'idée même qu'une hormone produite par le tissu adipeux contrôle nos envies de nourriture est révolutionnaire pour les chercheurs. 

Ainsi, une personne ne synthétisant pas l'hormone de la leptine peut se retrouver en situation d'obésité malgré un mode de vie sain.

Hugo B.

Co-fondateur de JYMIZ, j'aime les challenges et les défis, mais surtout donner du sens à ma vie. Passionné de sport et ancien sportif de haut niveau, je prends plaisir à partager ce que j'apprends au quotidien. J'ai souhaité créer JYMIZ, car peu importe ses engagements, ses croyances ou son mode de vie chacun de nous a le droit de se sentir bien.